Nous présentons ici, sous forme de blog, l'édito original publié en 2013 par Paola Cicoria, fondatrice de l'association, aujourd'hui directrice des programmes.

Ces différents blocs décrivent les motivations, le sens et l'esprit de la création de Philo's Force Association.

 

La philosophie comme métalangage des sciences humaines

 

Les lunettes « sciences humaines » sont indispensables à une approche efficace dans le travail d'innovation, là où l'interdisciplinarité des sciences humaines s'impose : qu'ils soient sociologues, historiens, géographes, philosophes ou anthropologues, les spécialistes en sciences humaines sont désormais valorisés et amenés à travailler ensemble au sein de l'entreprise contemporaine. Car d'une part, l'ingénierie informatique et scientifique souffre de l'inefficacité des systèmes automatisés à manipuler des concepts et d'autre part, la résolution des problèmes auxquels l'humanité est confrontée appelle une collaboration des sciences et de la culture.

L'apparition d'un nouveau champ disciplinaire, celui des Global Studies, s'affirme timidement. Pourtant, l'interdisciplinarité des sciences humaines peut être tout naturellement appréhendée à partir du prisme de la philosophie. En hissant la philosophie à l'échelle de métalangage des sciences humaines et en la plaçant au centre du système de production et du dialogue socio-économique, on livre tout le sens de l'appellation Philo's Force. Ainsi, on accompagne aussi l'engouement populaire récent pour la discipline philosophique. Cet engouement démontre que la société est aujourd'hui prête à s'approprier le débat philosophique, pour en faire un véritable levier d'innovation, d'échange et de compréhension mutuelle.

 

Mille et une questions ...

Des questins tordues, lumineuses, reprises et reformulées tous azimuts. N’est-ce pas le point de départ de tout programme d’étude-prospection ? De la performance à l’excellence, il n’y a qu’un pas : les jalons d’un bon questionnement. Aux demandes du client suivent les interrogations d’un consultant-chercheur et aux clefs trouvées point par point répondent en écho de nouvelles remises en cause, sous forme encore d’interrogation, dans un processus perpétuel de cadrage et régénération de la pensée.

De renaissances en découvertes, ce sont bien les doutes et la curiosité qui donnent leurs lumières aux siècles éclairés. A ceux qui considèrent la philosophie comme une fabrique de morale, nous renvoyons au sens grec du terme « philos » et rétorquons par une belle définition : « l'amitié, l’amour ne sont autre que l’invention du futur ».

Philo’s Force, comme pôle de recherche en innovation sociale, assume bien la sémantique de son appellation mondialisée.

Métiers 4.0

 

Tandis que des pans entiers de notre économie industrielle s'effondrent, les activités d'hier laissent la place à toute une série de nouveaux métiers au sein desquels la ressource humaine et la matière grise prennent une dimension considérable.

La révolution technologique et sociétale libère peu à peu les hommes des tâches fastidieuses, routinières ou pénibles et les dirige peu à peu vers des métiers passionnants, motivants et révélateurs de talents.

De fait, la spécialisation du métier de Philo's Force autour d'un triptique systémique de sicences humaines et du binôme innovation-solution, préfigure la reconversion de notre économie et son passage à une logique de 4e génération.

 

De l'univers des possibles

A défaut de faire sauter les verrous, bouger les lignes, nul ne peut prétendre innover dans une économie en berne à l’aube d’une énième révolution technologique et sociétale. Le libéralisme, puisque nous y sommes, cessons de le cantonner à l’économie et déclinons-le dans toutes les dimensions de notre humanité, y compris celui de la pensée, en roue libre. Sans cela, parviendrons-nous à démanteler les formes d’apartheid et tous les corporatismes ségrégationnistes qui cloisonnent les métiers ? Sans cela, parviendrons-nous à concevoir une logique moderne de la propriété intellectuelle et du système des brevets pour encourager véritablement l’innovation et la démocratiser ? Faisons feu de tout bois, y compris en piochant dans le dictionnaire de l’idéal « yes we can », directement issu de la Thérapie du Possible en coaching.

De la gouvernance citoyenne

Karl Marx prévoyait que le capitalisme s’intoxiquerait de sa propre avidité. Aujourd’hui, il semble que le capitalisme se nourrisse de ses propres crises et qu’il nous faille faire de même en surfant bon an mal an sur les vagues de l’économie de marché. Pourquoi attendre vainement que ce système génère de lui-même des valeurs de dignité et de justice ? Pourquoi continuer à accabler les gouvernants pour les échecs de notre société ? N’est-il pas envisageable de contrebalancer le jeu vicié de la démocratie et le libre jeu du marché en leur opposant notre propre force, celle d’hommes et de femmes ingénieux et débrouillards que nous sommes ?

Pacifisme, astuce et contournement contre colère, fatalisme et résignation. Tels semblent être les nouveaux termes de l’équation citoyenne face au fonctionnement troublant d’un système qui continue de faire autant de réussites que de malheurs. Parvenir à contrer les dérives et gérer les ambivalences du modèle économique dominant en relayant l’Etat. Tel semble être l’enjeu de la nouvelle gouvernance citoyenne, par le biais de l’économie sociale et solidaire qui se développe en créant des gisements considérables d’emploi.

Des droits et des devoirs

Un vent de changement souffle résolument dans la cité et les réformismes sont à l’oeuvre dans tous les secteurs. « Hybriditude », diversité, inter-activité, que de compromis en perspective, que de contradictions à gérer … Une parmi d’autres, celle de notre société égérie du temps libre, en contraste avec la même rongée par le chômage. Que vaut la croissance des nations qui ne travaillent pas assez ? Que vaut la richesse des nations dont les membres ne sont pas rémunérés à l’aune de leur mérite et de leurs besoins ? Que valent les talents de chômeurs, RMistes et autres désoeuvrés face à la pénurie de main-d’oeuvre manifeste dans les hôpitaux, les écoles, l’administration, les tribunaux ? Que vaut la notion même de prestation, d’indemnité, ou subside sans logique de réciprocité « win-win » ? Que vaut l'idée même d'un revenu de base inconditionnel, sans l'instauration préliminaire d'un cadre d'organisation sociale qui rationalise le salariat et distribue les responsabilités ? La notion d’emploi, traitée non plus comme un privilège conjoncturel mais comme un droit et un devoir, peut infléchir la logique capitaliste sans la heurter. Et l’on peut articuler un projet de société autour du double précepte de l’emploi comme source première d’accès aux droits de l’homme et de l’utilité sociale comme chantre de la production des richesses.

De la responsabilité sociale

Les entreprises modernes aspirent à pratiquer le management avec un supplément d’âme, en prouvant qu’elles ont un rôle à jouer dans le rétablissement de l’égalité des chances et la gestion du développement local et durable, en sachant se préserver des excès et cultivant une dimension humble et discrète, en développant un productivisme pondéré, en offrant une reconnaissance valorisante, un travail en forme de défi à leurs employés, et une déontologie rassurante à leurs actionnaires.

Il existe un modèle pour aider ces entreprises à concilier harmonieusement leur champs de valeur et de communication, autrement qu’avec des professions de foi peu convaincantes. Ce modèle est l’exemplarité. La technique la plus efficace et la moins onéreuse pour éduquer à l’éthique, c’est de rendre enviable un modèle performant. « Proposons-nous de grands exemples à imiter, plutôt que de vains systèmes à suivre », préconisait Rousseau.

Du mind mapping

L’heuristique forge le monde et aujourd’hui plus que jamais
l’idée vaut de l’or. Mais la ruée vers l’innovation se décline en mode névrotique, voire compulsif. Une véritable course contre la montre s’engage mais il est fort à craindre que le suivisme s’avère stérile tant on risque de perdre de vue, aussi bien les enjeux que le sens même de la créativité et du changement que l’on appelle de ses voeux.
Sans des choix volontaristes clairs portant sur la construction de l’avenir, la montagne innovation accouchera d’une souris et Don Quichotte lui-même finira par perdre de vue ses moulins à vent ! Les nouveaux professionnels spécialistes de la prospective et de l’innovation qui arrivent sur le marché investis de la mission d’« animateurs du changement » portent une lourde charge. Pour imaginer les scénarios durables du futur, il faut parvenir à définir puis résoudre les algorithmes relatifs à certains paradoxes existants et émergents au coeur de nos sociétés. Philo’s Force détourne les enjeux divergents et déploie des stratégies de conciliation d’intérêts en consommant du mind mapping à volonté.

De la "créa/lisation"

L’histoire du développement de l’innovation prouve qu’il existe toujours une première phase de prolifération désordonnée d’initiatives avant la consolidation. Philo’s Force prend de l’avance. Nous pensons que demain se prépare aujourd’hui. Pour autant, il ne s’agit pas de bâtir une vision en laboratoire, ni de la faire surgir ex-nihilo, ou de l’extraire au forceps des vues de l’esprit. Car aucune société ne se construit sur plan préétabli par ordonnance, sauf à imaginer un new deal - fort improbable, mais non dénué de sens - à la façon « arche de Noé ». Sachons plaindre les morts et marcher !
L’imagination ne se déploie pas dans la rhétorique virtuelle d’un discours mais dans le prolongement de ce discours en débat, puis en pratique. Il n’est pas question de jouer les stériles think tanks ou devenir docteur Tournesol conseiller du prince. Bien au contraire, Philo’s Force traite l’innovation in situ, tel un apprenti. Rappelons le sens étymologique du fait d’apprendre qui renvoie à l’être « proche du terrain ». Car c’est dans le contexte de l’action, de fil en aiguille ou dans la serendipité, que l’humilité se transforme en audace. L’audace de ceux et celles qui ont comme seule certitude, leur intuition et pour toute fortune, un quotient émotionnel.


Paola CICORIA, Fondatrice de Philo's Force Association