EDITO - sens du Small Family Office

 

Démocratiser le « compagnonnage »

Le développement du coaching est un phénomène majeur de notre temps. Nous avons affaire à un marché florissant et à une pratique qui ne cesse d'évoluer. Passé du terrain du sport à celui de l'entreprise et aujourd'hui dans la sphère privée, le coach prend mille et un visages et joue un rôle éminemment social. Il se rapproche des familles, des particuliers, des chômeurs, des entrepreneurs, mais s'est-il vraiment rapproché de tous ? Combien parmi nos concitoyens sont encore exclus du privilège coaching ? Il est nécessaire de conceptualiser de nouvelles approches opérationnelles, pour faire du coaching un véritable outil de promotion sociale.

Comment démocratiser le coachiing ? Nous pensons que cela passe par le décloisonnement du métier, son ouverture à des non-professionnels et un changement de vision à l'égard des ses applications. Car le coaching ne doit pas être uniquement perçu comme une affaire d'expert savant rompu à des techniques élaborées et traitant de problématiques sophistiquées. Le coaching concerne l'aptitude que chacun de nous détient – par domaine de prédisposition – à intégrer les problèmes de l'autre et y apporter un éclairage moteur. Cette nouvelle dimension enrichie du coaching est manifeste. Observons les business leaders de la technologie ou de la publicité faire appel à leurs propre clientèle d'utilisateurs pour gérer leur production ou leur SAP ! Observons tous ces réseaux et forums d'entraide communautaire au sein desquels jeunes et adultes trouvent plaisir à partager leur savoir et ce, de manière totalement désintéressée ! Le web a permis au modeste citoyen lambda de prendre conscience de ses talents et lui donne l'occasion de mettre en oeuvre sa propre solidarité active. Les stratégies de développement social doivent faire de même.

 

Panser la fracture sociale

Les constats des observateurs sont alarmants. On nous décrit une société fragmentée, exigeante et pressée, usée psychologiquement, et marquée par l'individualisme et l'affaiblissement des réseaux traditionnels comme la famille. On nous dénombre la multiplication des réclamations d'usagers en conflit avec l'administration et le fisc, des contraintes législatives, des difficultés d'accès au droit et à l'information. On nous informe que le profil des personnes sur-endettées change, que le sur-endettement est surtout constitué de dettes contractées pour les dépenses incompressibles (vivre, se loger, se soigner, payer arriérés, impôts et crédits), et que la population concernée est principalement constituée de personnes aux revenus modestes, ou victimes d'un accident de la vie (décès, divorce, perte d'emploi, maladie…).

La remarquable prolifération des métiers déclinés en « coach » traduit indéniablement une réponse à un besoin croissant de soutien, de protection et conseil de la part des citoyens, visiblement rongés par la solitude devant tant d'obstacles et d'enjeux, perturbés par trop de leurres, trop de choix, trop de nouveautés. C'est valorisant de faire appel à un coach, mais il est gênant de faire appel à un assistant social. L'ego, les tabous et les préjugés rendent difficile la demande d'aide. Par crainte de renvoyer une image de faiblesse, ou par crainte des conséquences et des coûts, on hésite à crier au secours, on refoule ses besoins. Ne faut-il pas avoir le courage de passer à la télé pour se payer les services de « super nanny » ou du « grand frère » ? L'accès gratuit au système d'assistance-appui-conseil existe, offert notamment par le secteur public et associatif. Cependant, il est davantage exploité par un public averti et doté des moyens d'y accéder ( information, éligibilité, intégration sociale, temps, transport, santé, accès aux nouvelles technologies …), tandis que le système d'assistance payant reste inaccessible financièrement à certaines couches de la population. Autant les problèmes des citoyens se conjuguent à l'infini, autant les formes de réponse à ces problèmes se caractérisent par leur distance, leur froideur et leur fermeture derrière les devises de la spécialisation, du professionnalisme, de la neutralité et des alibis budgétaires.

Il est temps de créer un espace de communication « orienté solution » dans lequel chacun puisse s'identifier, puis s'exprimer, et trouver des remèdes selon son problème, selon ses moyens, et sans honte à la clé.

 

Créer de nouveaux métiers

Un article publié dans « Le parisien / Aujourd'hui » en janvier 2010 faisait ressortir – en analysant l'offre télévisuelle - à quel point notre société est devenue psychologisante. Le détective, le policier, le médecin et le juge, qui ont donné tant de héros aux feuilletons, voient arriver un rival : le psy. Dans notre société occidentale championne du monde de la consommation de tranquillisants et antidépresseurs, les psys n'ont aucun mal à investir aussi bien les écrans que la société de services. Comme un enquêteur, le « psy new age » traque les indices et cherche à résoudre un « cas » sans crainte de malmener ses patients, au défi du respect de la fameuse « neutralité bienveillante » chère à Freud. Ce phénomène de « libéralisation » de la psychologie engendre des drames lorsque les personnes en difficulté tombent sous les griffes et le joug de charlatans, médiums et guérisseurs de tout bord.

Autre manifestation de notre société fracturée et psychologisante, cela se passe dans les cabinets de notaires. Plongés au coeur de l'évolution des moeurs contemporaines, ces derniers subissent les lenteurs du droit à se mettre au diapason des comportements et subissent la difficulté de faire des arbitrages délicats dans des situations conflictuelles juridiquement alambiquées. Et à ce poste d'observation, il semblerait qu'ils soient devenus les derniers interlocuteurs, ceux à qui l'on peut tout dire, tout dévoiler, y compris l'indicible, des histoires d'argent aux histoires de coeur … comme on le faisait avec le médecin de famille d'autrefois. Le notaire parisien Jacques Benhamou fait bien ressortir le phénomène. « Beaucoup de clients repartent en me disant : au revoir, docteur. L'essentiel de notre métier, dit-il, c'est l'écoute. Avant il y avait le curé, l'instituteur, le médecin. Aujourd'hui, le curé ne fait plus recette, l'instituteur n'est plus respecté, et le médecin n'a plus le temps … J'ai l'impression de faire 95% de psychologie et 5% de droit ».

D'où l'idée de créer un family office dédié à l'européen moyen, au commun des mortels, en mettant à sa disposition un accompagnement social à la carte, réactif et souple, pour répondre à ses besoins spécifiques en termes d'écoute, de réflexion, et d'organisation. Au carrefour de l'opérationnel, du conseil et du coaching, il s'agit d'un guichet unique d'assistance en action, stratégie et prévention des risques. L'occasion rêvée de former et enrôler une armada de nouveaux professionnels de l'orientation, de l'approche systémique, et de la gestion inventive des problématiques. L'occasion rêvée de catalyser les forces vives inexploitées de la société au sein d'un projet d'utilité collective, un produit créatif et un chantier créateur d'emploi. Tout un univers de solidarités circulaires à bâtir autour de la notion de service aux particuliers.

 

Paola CICORIA, fondatrice de Philo's Force Association